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vendredi, 01 décembre 2006

A. Perrin : «Cicatrices indélébiles»

Le déplacement de Marseille à Sochaux dimanche (18 heures) sera un match à part pour l'entraîneur des Lionceaux. Alain Perrin, revenu en France en début de saison, sera opposé pour la première fois depuis son départ de l'OM à l'équipe qu'il avait conduite à la Ligue des champions en 2003, avant de devoir rendre son tablier après une ultime défaite contre Auxerre (2-0), le 10 janvier 2004. Son successeur d'alors, José Anigo, ex-entraîneur du CFA, en est aujourd'hui le directeur sportif. Dans cet entretien diffusé il y a quelques jours sur L'Equipe TV, l'entraîneur sochalien confie qu'il restera marqué au fer rouge par cette expérience, dont il ne nourrit aucun regret.

« Alain Perrin, êtes vous heureux de retrouver la L1 et le Championnat de France ?
Oui, bien sûr, c'était une priorité après avoir bourlingué aux Emirats et en Angleterre. J'étais un peu frustré de la difficulté de la communication. Quand on passe par une langue étrangère, elle n'est pas directe, et j'avais envie vraiment d'apporter en France mon expérience acquise à l'étranger.

Après l'expérience de Marseille, est-ce que vous avez changé, comment avez-vous évolué ?

Je ne pense pas avoir beaucoup évolué dans ma personnalité propre. J'ai évolué dans mon boulot, parce que je pense que c'est un métier où on apprend sur le tas. Les formations nous donnent des éléments de base, certaines clefs, mais après, on doit confronter cela à nos expériences personnelles, à des rencontres avec les joueurs, aux matches, à la vie des vestiaires... Tout ça, c'est quelque chose qui s'accumule sur la durée, et qui vous donne de l'expérience. C'est vrai que je me sens plus fort. A l'étranger, on est obligé d'être concentré sur l'essentiel. En France, souvent, on aimerait pouvoir tout faire, alors qu'il faut être très précis, très concis.

Et par rapport à Marseille, donc ? On vous sent plus détendu par exemple...

Non... Je me suis surpris moi-même à Marseille, tout simplement parce que je m'éclatais autant qu'avant à l'entraînement avec les joueurs. Ma volonté de réussir passait par mon engagement dans le métier, la préparation des entraînements, des matches. J'ai toujours été à fond, en Deuxième division, ou en National, pour essayer de gagner le prochain match. J'ai toujours abordé le match avec la tension, l'inquiétude, parce que je veux le résultat, mais je n'ai pas eu de pression liée à l'environnement extérieur. Les dirigeants, le public... Je veux leur faire plaisir, je veux gagner le match aussi pour eux, justement car c'est ça qu'ils attendent. Je sais que c'est aléatoire et qu'il faut une partie de réussite pour gagner un match... Mais moi, j'ai fait tout ce qu'il fallait pour essayer de gagner le match d'après, donc j'ai la conscience tranquille. A Marseille, je n'étais pas plus tendu que je le suis à Sochaux.

Quand même, à la fin de la période marseillaise, le journaliste que j'étais n'osait presque plus vous poser de questions, j'avais peur de me faire découper en deux.

Parce que vous étiez jeune journaliste, d'autres ne se gênaient pas ! Quand on traverse une période difficile, comme celle que vous évoquez, ou un peu comme celle que traverse mon collègue Guy (Lacombe) à Paris, en ce moment, on sent quelque chose, autour du club, qui dépasse le cadre de la préparation des matches. Les enjeux concernent notre avenir personnel. Si vous perdez le match là, est-ce que vous allez être viré ? Il y a tout un roman-feuilleton instantané, avec une forme de sadisme. "Le président va-t-il tenir encore ? Combien de temps ?" C'est malsain, et ce n'est surtout plus du domaine du jeu. On vous pose la question toutes les semaines, c'est agaçant. "Vous sentez-vous menacé ?"... Guy, je partage son sentiment pour l'avoir vécu à Marseille. C'est difficile. Mais sur le plan boulot, j'étais concentré sur ce que j'avais à faire. Ce que m'a appris Marseille, c'est justement de... prendre du recul par rapport à cette pression médiatique. Et justement, d'accepter ça comme étant une partie du métier sur laquelle on n'est pas forcément bien préparé au départ, mais à laquelle il faut être capable de faire face, comme le fait admirablement bien Paul (Le Guen) en ce moment aux Glasgow Rangers... C'est une des difficultés du métier, il faut assumer.

Plus spécialement dans les grands clubs ?

Bien sûr ! C'est cette expérience médiatique que m'a apportée Marseille. Parce que sur le plan du jeu, ça ne m'a pas apporté plus qu'ailleurs. Je précise que l'ensemble du club doit faire face à cette pollution médiatique. Il doit y avoir, avec les dirigeants, avec une vraie stratégie pour éviter qu'ensuite, la préparation des matches soit perturbée. C'est principalement le problème : ça a un impact sur l'état d'esprit des joueurs.

Marseille reste-t-il une blessure intérieure ?

Oui, c'est clair... Ce n'est pas lié au club d'ailleurs. Ce sont des histoires d'hommes. Dans votre vie d'hommes, vous êtes amené à recevoir des coups, des coups de poignard, et forcément quand vous recevez un coup de poignard, il reste des blessures et des cicatrices. Certaines sont sensibles. Ce n'est pas vieux, c'est il y a deux ans. Les cicatrices sont indélébiles, et ça restera, bien sûr. Sur le plan professionnel, vis-à-vis du club, il n'y a aucun ressentiment, aucun problème, aucun regret d'avoir fait ci ou ça, parce que je me suis éclaté dans mon support professionnel. »

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